Temps de lecture : 11 minutes
Si vous perdez le mot de passe du compte propriétaire de Home Assistant, personne ne pourra vous le rendre. Pas de lien « mot de passe oublié », pas de service client, pas de serveur américain qui garde une copie. La documentation officielle le dit sans détour : il n’existe aucun moyen de récupérer ces identifiants. C’est exactement ce qu’on cherche en quittant le cloud, et c’est aussi la première chose à comprendre avant d’installer Home Assistant chez soi : ici, c’est vous l’administrateur, pour le meilleur et pour le reste.
Dans l’article précédent, nous avons choisi le matériel : un Raspberry Pi 4 (2 Go suffisent), une carte microSD endurante et le dongle Zigbee Sonoff ZBDongle-E. Voici maintenant l’installation complète, du tout premier démarrage jusqu’à l’ajout de votre premier appareil. Comptez une heure en prenant votre temps.
Ce qu’il vous faut pour installer Home Assistant
La liste est courte, mais chaque élément compte.
Un Raspberry Pi 4 avec au moins 2 Go de mémoire et son alimentation. La documentation officielle impose 2 Go minimum, et le Pi 4 demande une alimentation USB-C de 5 V et 3 A. Le chargeur de votre téléphone ou le port USB de votre ordinateur ne suffisent pas, Home Assistant le précise noir sur blanc. Ce kit complet règle la question .
Une carte microSD de 32 Go minimum. Sur ce point, je m’écarte volontairement de la recommandation officielle, et je vous dois une explication. Home Assistant conseille une carte de classe A2, optimisée pour la vitesse des petites lectures et écritures. Je recommande plutôt une carte dite d’endurance, conçue pour les caméras de surveillance qui écrivent en continu, comme la SanDisk MAX Endurance 64 Go. Ces cartes ne portent pas le label A2 et seront un peu moins vives, mais Home Assistant écrit sur sa carte en permanence, et c’est l’usure qui tue les cartes classiques, pas leur lenteur. Je préfère un système un peu moins rapide qui tient des années. Prenez 64 Go plutôt que 32 : chez Samsung par exemple, la version 32 Go de la PRO Endurance est plus lente et garantie deux ans, contre trois à partir de 64 Go.
Le dongle Sonoff ZBDongle-E et une rallonge USB de 50 cm à 1 m. Ce petit câble à quelques euros fait souvent la différence entre un réseau Zigbee stable et des capteurs qui décrochent sans raison. J’y reviens à l’étape 6.
Enfin, un câble Ethernet. Il est obligatoire pour l’installation, le Wi-Fi n’est pas une option à ce stade. Et un lecteur de carte microSD pour votre ordinateur.
Étape 1 : flasher Home Assistant OS sur la carte
Si vous avez suivi notre guide Pi-hole, vous connaissez déjà l’outil : Raspberry Pi Imager, à télécharger gratuitement sur le site officiel raspberrypi.com.
Insérez la carte microSD dans votre ordinateur et lancez Imager (Raspberry Pi Imager) . Choisissez d’abord votre appareil, Raspberry Pi 4. Pour le système, descendez dans « Other specific-purpose OS », puis « Home automation », puis « Home Assistant », et sélectionnez la version prévue pour le Raspberry Pi 4. Choisissez ensuite votre carte comme support de stockage, puis lancez l’écriture.
L’étape de personnalisation proposée par Imager (nom d’utilisateur, Wi-Fi) concerne Raspberry Pi OS, pas Home Assistant. Si elle apparaît grisée ou est sautée, c’est normal : tout le paramétrage se fera ensuite depuis votre navigateur.
Vérifiez deux fois que vous écrivez sur la bonne carte. Imager efface intégralement le support choisi, et une clé USB de sauvegarde branchée au mauvais moment ressemble beaucoup à une carte SD dans une liste déroulante.
Étape 2 : le premier démarrage
Insérez la carte dans le Raspberry Pi, branchez le câble Ethernet à votre box ou à votre switch, et seulement ensuite l’alimentation. Il n’y a pas de bouton marche, le Pi démarre dès qu’il reçoit du courant.
Ne branchez pas encore le dongle Zigbee. On le fera une fois le système installé, c’est plus simple à diagnostiquer si quelque chose coince.
Depuis un ordinateur du même réseau, ouvrez votre navigateur à l’adresse http://homeassistant.local:8123. Selon la documentation, la page doit répondre en une minute environ sur un Pi 4.
Si rien ne s’affiche, deux causes reviennent. Certains réseaux domestiques gèrent mal les adresses en « .local ». Dans ce cas, connectez-vous à l’interface de votre box, repérez l’appareil nommé « homeassistant » dans la liste des appareils connectés et tapez son adresse IP suivie de :8123, par exemple http://192.168.1.42:8123. Et si au bout de cinq minutes il n’y a toujours rien, la documentation officielle est claire : l’image a probablement été mal écrite, il faut reflasher la carte.
Vous verrez ensuite un écran « Preparing Home Assistant ». Le système télécharge environ 700 Mo de composants. Selon votre connexion, cela prend plusieurs minutes, parfois nettement plus. Ne débranchez rien, c’est l’erreur classique du débutant impatient.
Étape 3 : créer le compte propriétaire, sans cloud
Une fois la préparation terminée, Home Assistant vous propose deux choix : créer une nouvelle maison ou restaurer une sauvegarde. Choisissez « Create my smart home ».
Vous créez alors le compte propriétaire, qui a tous les droits sur l’installation. Nom, identifiant en minuscules sans espace, mot de passe. Notez bien ce qui suit : ce compte vit uniquement sur votre Raspberry Pi. Aucun e-mail n’est demandé, aucun compte en ligne n’est créé. C’est ce qui le distingue de Google Home, Alexa ou Tuya, dont nous avons comparé les approches dans notre premier article de la série.
Revers de la médaille, comme je le disais en introduction : ce mot de passe est irrécupérable. Stockez-le immédiatement dans un gestionnaire de mots de passe. J’utilise Proton Pass , chiffré de bout en bout, mais n’importe quel gestionnaire sérieux fera l’affaire. Ce qu’il ne faut jamais utiliser, pas c’est le gestionnaire intégré à votre navigateur ou un post-it.
L’offre payante Home Assistant Cloud de Nabu Casa, qui facilite notamment l’accès à distance, est entièrement facultative. Elle finance le développement du projet, ce qui est honorable, mais vous n’en avez pas besoin pour que tout fonctionne en local.
Étape 4 : localisation et statistiques, les deux réglages vie privée
Home Assistant vous demande ensuite l’emplacement de votre domicile. Il s’en sert pour régler le fuseau horaire, les unités, la devise, et pour créer une zone « Maison » de 100 mètres de rayon, utile plus tard pour les automatisations du type « quand je rentre, allume l’entrée ». Rien ne vous oblige à pointer votre porte d’entrée au mètre près : un repère dans votre quartier suffit pour la météo et les heures de lever du soleil. Si vous comptez faire des automatisations de présence, un placement plus précis sera utile, vous pourrez l’ajuster plus tard.
Vient ensuite l’écran des statistiques d’utilisation. Bonne nouvelle, et c’est assez rare pour être souligné : le partage est désactivé par défaut. Les données envoyées si vous l’activez sont anonymisées et agrégées, et servent au projet à savoir quelles plateformes supporter. À vous de voir. Je trouve la démarche honnête, mais rien ne vous oblige à cocher quoi que ce soit.
Cliquez sur « Terminer ». Votre tableau de bord s’affiche. Home Assistant tourne, chez vous, sans aucune dépendance à un serveur extérieur.
Étape 5 : configurer les sauvegardes avant tout le reste
Je sais, on a envie de brancher des appareils. Mais c’est maintenant qu’il faut régler les sauvegardes, pendant qu’il n’y a rien à perdre. Une carte microSD finit toujours par mourir, même une carte endurante. Ce jour-là, la différence entre dix minutes de restauration et un week-end à tout refaire se joue ici.
Allez dans Paramètres, Système, Sauvegardes, puis lancez l’assistant de configuration. Trois décisions à prendre.
La fréquence et la rétention. Une sauvegarde quotidienne et sept exemplaires conservés est un bon point de départ : les plus anciennes sont supprimées automatiquement.
La clé de chiffrement. Home Assistant chiffre vos sauvegardes et vous fait télécharger un « kit d’urgence » qui contient la clé. Sans elle, vos sauvegardes chiffrées sont inutilisables, la documentation l’écrit en toutes lettres. Rangez cette clé dans votre gestionnaire de mots de passe, à côté du mot de passe propriétaire. Pas sur le Raspberry Pi, évidemment.
L’emplacement. Par défaut, les sauvegardes restent sur la carte SD. Autrement dit, elles meurent avec elle. Home Assistant le reconnaît lui-même : des sauvegardes stockées uniquement sur l’appareil ne vous seront pas d’un grand secours. Ajoutez un stockage réseau. Si vous avez un NAS, c’est le candidat idéal, et notre guide d’installation Synology vous y mène. Vous appliquez ainsi à votre maison connectée la même logique que la règle 3-2-1 : jamais une seule copie, jamais au même endroit. L’offre Cloud de Nabu Casa propose aussi un espace de sauvegarde chiffré, pour ceux qui y sont abonnés.
Étape 6 : brancher le dongle Zigbee
Le Raspberry Pi 4 possède quatre ports USB : deux en USB 3.0, reconnaissables à leur languette bleue, et deux en USB 2.0, à languette noire. Branchez le dongle sur un port noir. La documentation de Home Assistant est explicite : les ports USB 3 génèrent des interférences radio qui perturbent le Zigbee.
Et utilisez la rallonge. Le Pi lui-même, son alimentation et votre box Wi-Fi émettent tous du bruit radio. Éloigner le dongle de quelques dizaines de centimètres, idéalement à l’écart du routeur Wi-Fi, fait partie des recommandations officielles. Une rallonge épaisse est généralement mieux blindée.
Une fois le dongle branché, Home Assistant le détecte en général tout seul. Allez dans Paramètres, Appareils et services : il doit apparaître dans la section « Découverts », avec une proposition de configurer l’intégration Zigbee Home Automation, dite ZHA. Cliquez sur « Ajouter ».
Si le dongle n’apparaît pas, ajoutez l’intégration manuellement en cherchant « Zigbee Home Automation », sélectionnez le port série qui correspond au Sonoff, et laissez Home Assistant détecter le type de radio. Le Sonoff ZBDongle-E utilise une puce Silicon Labs, reconnue sous le nom « EZSP ». Home Assistant crée alors votre réseau Zigbee.
Vous croiserez peut-être le nom de Zigbee2MQTT, l’autre grande solution Zigbee. Elle est excellente et compatible avec plus d’appareils exotiques, mais demande d’installer et de configurer un intermédiaire supplémentaire. Pour débuter, ZHA est intégré, suffit largement et sauvegarde automatiquement la configuration de votre réseau Zigbee, ce qui vous permettra de changer de dongle un jour sans réappairer tous vos appareils.
À savoir sur le firmware du dongle. Le Sonoff fonctionne avec ZHA tel qu’il sort de sa boîte. Des utilisateurs ont toutefois signalé en 2026 des plantages lors des mises à jour à distance de certains appareils Zigbee, avec les firmwares d’usine, résolus en flashant un firmware plus récent. Si tout fonctionne chez vous, ne touchez à rien. C’est une manipulation que je traiterai à part, elle n’a pas sa place dans une première installation.
Étape 7 : appairer votre premier appareil
Commencez par quelque chose de simple : un capteur de température, une prise connectée Zigbee ou un détecteur d’ouverture de porte.
Allez dans Paramètres, Connectivité, Zigbee, puis cliquez sur « Ajouter un appareil » en bas à droite. Home Assistant ouvre le réseau à l’appairage. Mettez ensuite votre appareil en mode appairage en le réinitialisant selon sa notice, en général un appui long sur un petit bouton jusqu’à ce qu’un voyant clignote.
Après quelques secondes, l’appareil apparaît et s’ajoute automatiquement. Donnez-lui un nom clair et une pièce. « Capteur salon » vaut mieux que « TS0201 _TZ3000 », croyez-moi, vous me remercierez quand vous en aurez vingt.
Pour ce premier appairage, rapprochez l’appareil du dongle. Une fois ajouté, vous pourrez le placer à son emplacement définitif. Les appareils Zigbee branchés sur secteur, comme les prises, relaient le signal pour les autres : plus vous en avez, plus votre réseau devient solide.
Ce que cette installation ne fait pas encore
Soyons honnêtes sur les limites de ce que vous venez de mettre en place.
Votre Home Assistant n’est accessible que depuis chez vous. C’est voulu. Ne soyez pas tenté d’ouvrir le port 8123 sur votre box pour y accéder depuis l’extérieur : vous exposeriez directement l’interface de votre maison à Internet. L’accès à distance mérite un article à lui seul, et il existe des méthodes propres, dont un VPN comme celui que nous avions monté nous-mêmes.
La connexion locale n’est pas chiffrée : l’adresse commence par http et non https. Sur votre réseau domestique, avec un Wi-Fi correctement protégé, le risque est limité, mais il faut le savoir.
Enfin, la carte microSD reste le maillon faible. Même endurante, elle s’usera. Passer sur un SSD est possible sur Pi 4, mais demande une mise à jour du firmware du Raspberry et un adaptateur compatible : ce sera l’objet d’un article dédié. D’ici là, vos sauvegardes externes sont votre filet de sécurité, et elles tournent déjà.
La suite de la série
Votre serveur domotique tourne, en local, avec des sauvegardes chiffrées et un réseau Zigbee opérationnel. Vous avez fait la partie la plus technique.
Le prochain article s’attaque au vrai sujet pour beaucoup d’entre vous : ajouter de nouveaux appareils, mais aussi récupérer ceux déjà installés à la maison, Tuya ou autres, pour les faire fonctionner en local autant que possible, sans passer par les serveurs du fabricant. C’est précisément ce que je suis en train de faire chez moi
Si ce guide vous a été utile, la newsletter vous préviendra de la sortie du prochain épisode. Et si vous voulez aider Webologie à rester gratuit et sans pub, tu peux soutenir le site ☕
Marc,
Certains liens de cet article sont des liens affiliés (Amazon, Proton). Si vous achetez via ces liens, Webologie touche une petite commission, sans surcoût pour vous. Mes recommandations restent indépendantes : je ne mets pas de lien affilié sur un produit dont le prix est gonflé, comme expliqué dans l’article précédent.
Avertissement technique : lisez chaque étape en entier avant de l’exécuter. Le flashage efface intégralement le support choisi : vérifiez que vous avez sélectionné la bonne carte. En cas de doute, ne modifiez pas une installation qui fonctionne sans avoir une sauvegarde récente et sa clé de chiffrement.
Si cet article t'a été utile, tu peux soutenir Webologie ☕
☕ Offrez-moi un caféEn savoir plus sur Webologie
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

