Caméra sans cloud reliée à un serveur domestique, images stockées à la maison

Caméra sans cloud : le guide essentiel en 5 étapes

Temps de lecture : 9 minutes

En 2017, un ingénieur de Ring, la marque de caméras d’Amazon, a visionné des milliers de vidéos appartenant à au moins 81 clientes. Rien, techniquement, ne l’en empêchait : selon l’autorité américaine de la concurrence (FTC), employés et sous-traitants de Ring avaient alors un accès illimité aux vidéos des clients. Amazon a accepté en 2023 de payer 5,8 millions de dollars pour clore l’affaire, tout en contestant avoir enfreint la loi.

Ce n’est pas un cas isolé. En février 2024, environ 13 000 utilisateurs de caméras Wyze ont vu s’afficher dans leur application des images de domiciles qui n’étaient pas les leurs, après un bug chez l’hébergeur. Et chez Eufy, marque qui promettait un stockage local et un chiffrement de bout en bout, un chercheur a montré fin 2022 que des images partaient dans le cloud et que les flux pouvaient être lus avec un simple lecteur vidéo. Anker, la maison mère, l’a reconnu début 2023.

Une caméra sans cloud règle ce problème à la racine : les images ne quittent pas votre maison. C’est le dernier épisode de notre série domotique, mais il vaut pour tout le monde, que vous utilisiez Home Assistant ou non.

Ce qu’une caméra cloud fait de vos images

Une caméra grand public classique fonctionne presque toujours de la même façon. Elle filme, envoie le flux ou les extraits vers les serveurs du fabricant, et votre application va les chercher là-bas. C’est pratique : rien à configurer, accès depuis n’importe où.

Le prix de ce confort, c’est que vos images transitent et sont parfois stockées chez quelqu’un d’autre. Les trois affaires ci-dessus montrent les trois façons dont ça peut mal tourner : des personnes qui y ont accès alors qu’elles ne devraient pas, une erreur technique qui mélange les comptes, une promesse commerciale qui ne correspond pas à la réalité.

Une caméra, ce n’est pas une prise connectée. C’est un œil ouvert sur votre salon, sur vos enfants, sur votre chambre parfois. C’est l’appareil de la maison sur lequel il faut être le plus exigeant.

Caméra sans cloud : les 3 critères à vérifier

Avant d’acheter, je vérifie trois choses.

Elle fonctionne sans compte en ligne. Vous devez pouvoir vous y connecter directement, avec un identifiant et un mot de passe stockés sur la caméra elle-même, pas avec un compte chez le fabricant.

Elle parle un langage standard. Les deux protocoles à chercher sont RTSP (pour récupérer le flux vidéo) et ONVIF (le standard des caméras de surveillance, qui gère aussi la détection de mouvement). Vérifiez qu’au moins un flux est en H.264 : certains logiciels, dont l’intégration ONVIF de Home Assistant, ne savent pas lire une caméra qui ne propose que du H.265.

Elle continue de marcher quand on lui coupe internet. C’est le vrai test. Si la caméra devient inutilisable sans connexion à ses serveurs, elle n’est pas locale, quoi qu’en dise la boîte.

Une précision qui évite un mauvais achat : dans une même gamme, tous les modèles ne se valent pas. Chez Reolink, par exemple, l’E1 Zoom propose RTSP et ONVIF en accès direct, mais l’E1 de base ne le fait pas : il faut passer par un boîtier de la marque. Vérifiez toujours le modèle exact.

Étape 1 : choisir la caméra

Pour cet épisode, je recommande Reolink. La marque coche les trois critères sur une bonne partie de sa gamme, et son intégration Home Assistant fonctionne en local, sans compte cloud. La documentation de Home Assistant précise même que l’intégration continue de fonctionner normalement si vous bloquez l’accès internet des caméras.

Pour l’intérieur, la Reolink E1 Zoom : Wi-Fi, motorisée, avec zoom optique. Elle fait partie des modèles testés en connexion directe par Home Assistant.

Pour l’extérieur, la Reolink RLC-510A : une caméra PoE, c’est-à-dire alimentée par le câble réseau. Un seul câble pour le courant et les données, et pas de Wi-Fi à brouiller. Si vous pouvez tirer un câble, c’est la solution la plus fiable.

Deux familles à éviter pour un usage local : les caméras sur batterie, qui dorment la plupart du temps pour économiser leur pile et se prêtent mal à une connexion directe, et les caméras 4G, que l’intégration Home Assistant ne prend pas en charge.

Et vos caméras Tuya ? Dans l’épisode précédent, j’ai montré comment récupérer en local la plupart des appareils Tuya. Les caméras sont l’exception. L’intégration Tuya de Home Assistant fonctionne par le cloud de Tuya : vos images continuent de passer par ses serveurs. Pour l’appareil le plus sensible de la maison, c’est celui que je conseille de remplacer en priorité.

Étape 2 : la relier à Home Assistant

Commencez par installer la caméra avec l’application du fabricant, le temps de la configuration initiale. Chez Reolink, deux réglages comptent.

Gardez la caméra en « appareil local » et non en appareil lié au compte cloud : la documentation de Home Assistant indique que les caméras rattachées au compte en ligne ne permettent pas la connexion locale. Activez aussi les services RTSP et ONVIF dans les paramètres réseau avancés de la caméra.

Dans votre box ou votre routeur, réservez ensuite une adresse IP fixe pour la caméra (on parle de bail DHCP statique). Elle gardera toujours la même adresse, ce qui évite à Home Assistant de la perdre après un redémarrage.

Dans Home Assistant, allez dans Paramètres, puis Appareils et services, et ajoutez l’intégration Reolink. Elle détecte souvent la caméra toute seule. Sinon, entrez son adresse IP, puis l’identifiant et le mot de passe de la caméra (pas ceux du compte Reolink). Pour une autre marque compatible, l’intégration ONVIF fait le même travail : flux vidéo, commande de la motorisation et capteur de mouvement.

Vous retrouvez alors le flux en direct dans votre tableau de bord, et un capteur de mouvement utilisable dans les automatisations de l’épisode 6. Par exemple : une notification quand la caméra de l’entrée détecte un mouvement alors que tout le monde est absent.

Étape 3 : couper internet à la caméra

C’est l’étape qui fait vraiment la différence, et la plupart des guides l’oublient.

Une caméra qui fonctionne en local peut très bien continuer à discuter avec les serveurs de son fabricant en arrière-plan. Pour en être sûr, le plus simple est de lui interdire l’accès à internet. Votre caméra reste joignable depuis votre réseau, donc par Home Assistant, mais elle ne peut plus rien envoyer vers l’extérieur.

Selon votre matériel, ce blocage se fait dans l’interface de la box (contrôle parental ou blocage d’un appareil), ou mieux, dans un routeur que vous maîtrisez. J’explique comment reprendre la main sur son réseau dans notre guide pour configurer son routeur.

Une contrepartie à connaître : les mises à jour du micrologiciel ne se feront plus automatiquement. Il faudra les télécharger sur le site du fabricant et les installer à la main de temps en temps.

Étape 4 : enregistrer chez vous

Voir le direct, c’est bien. Retrouver ce qui s’est passé pendant votre absence, c’est mieux. Trois solutions, de la plus simple à la plus complète.

La carte microSD dans la caméra. C’est le plus simple, mais un cambrioleur qui emporte la caméra emporte aussi les enregistrements.

Un NAS Synology. Si vous avez suivi notre série sur le NAS, vous avez déjà ce qu’il faut. L’application Surveillance Station enregistre les caméras sur vos disques, et le NAS est livré avec deux licences caméra gratuites (c’est le cas du DS224+, par exemple). L’intégration Synology DSM de Home Assistant fait ensuite apparaître ces caméras dans votre tableau de bord. Pour démarrer, voir notre guide d’installation du NAS Synology.

Frigate, pour aller plus loin. Ce logiciel open source enregistre vos caméras et reconnaît ce qui bouge (une personne, une voiture, un animal), entièrement chez vous, sans envoyer une seule image ailleurs. Il demande en revanche une machine plus musclée qu’un Raspberry Pi 4 : sa documentation recommande un processeur Intel récent, par exemple dans un mini-PC. C’est un projet à part entière, pas un premier pas.

Étape 5 : bien placer la caméra

Une caméra chez soi, c’est aussi une question de droit, et les règles sont simples. Selon la CNIL, un particulier ne peut filmer que l’intérieur de sa propriété : logement, jardin, allée privée.

Vous ne pouvez pas filmer la voie publique, même pour surveiller votre voiture garée devant chez vous. Vous ne pouvez pas non plus filmer le jardin ou la piscine du voisin. Orientez la caméra extérieure vers votre porte et votre terrain, et utilisez les zones de masquage si une partie de la rue entre dans le champ.

Si quelqu’un travaille chez vous (aide à domicile, garde d’enfants), vous devez l’informer de la présence des caméras, et elles ne doivent pas le filmer en permanence pendant son travail.

Ce qu’une caméra sans cloud ne règle pas

Je préfère être clair sur les limites.

L’accès à distance. Sans cloud, pas d’accès magique depuis l’extérieur. Surtout, n’ouvrez pas de port sur votre box pour joindre la caméra depuis internet : c’est exactement ce que cherchent les robots qui scannent le réseau en permanence. La bonne méthode est un VPN vers votre domicile, que j’explique dans notre guide pour créer son VPN personnel en 15 minutes.

Les notifications. Si vous recevez une alerte de mouvement sur votre téléphone, elle passe par les serveurs d’Apple ou de Google, comme expliqué dans l’épisode précédent. Le texte de l’alerte transite, pas la vidéo, mais mieux vaut le savoir.

Le mot de passe. Une caméra locale avec le mot de passe d’usine, c’est une porte ouverte sur votre réseau. Changez-le dès l’installation, et choisissez-en un vraiment unique.

La fin de la série domotique

Avec ce septième épisode, la série est complète. On est parti d’un constat, ce que les écosystèmes connectés voient de votre maison, pour arriver à une installation qui tourne chez vous : un Home Assistant installé, des appareils compatibles, vos appareils existants récupérés, des automatisations utiles et, maintenant, des caméras qui ne parlent qu’à vous.

Si vous arrivez directement sur cet épisode, tout commence avec Se lancer en domotique et Installer Home Assistant.

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Marc.

Liens affiliés : certains liens de cet article sont des liens affiliés Amazon. Si vous achetez par leur intermédiaire, Webologie touche une petite commission, sans surcoût pour vous. Les recommandations restent indépendantes : je ne recommande que du matériel qui fonctionne en local.

Avertissement technique : lisez chaque étape avant de l’appliquer. Avant de bloquer l’accès internet d’un appareil dans votre routeur, notez vos réglages actuels pour pouvoir revenir en arrière. Les règles citées sur la vidéosurveillance sont un résumé des recommandations de la CNIL et ne remplacent pas un conseil juridique.

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