Tuya Home Assistant : prises connectées Smart Life et enceinte Google migrées vers un serveur domotique local

Tuya Home Assistant : le guide essentiel en 4 étapes

Temps de lecture : 9 minutes

Vous avez installé Home Assistant, mais votre maison est déjà pleine d’appareils connectés : des prises pilotées par l’application Smart Life, une enceinte Google dans le salon, peut-être un thermostat Nest. Faut-il tout jeter ? C’est la question que l’on se pose en tapant « Tuya Home Assistant » dans un moteur de recherche. La réponse est non : faire passer vos appareils dans Home Assistant est souvent possible. Mais pas toujours en local, et c’est précisément ce que la plupart des tutoriels oublient de préciser.

Je suis moi-même dans ce cas : mon installation actuelle tourne sous Tuya, et je la migre vers Home Assistant à l’occasion de mon déménagement. Cet article est le tri que j’aurais aimé lire avant de commencer. Si vous partez de zéro, avec des appareils neufs, l’épisode précédent est fait pour vous.

Étape 1 : faire l’inventaire de vos appareils

Avant de toucher à quoi que ce soit, listez ce que vous avez et, pour chaque appareil, posez-vous une seule question : comment parle-t-il ?

Il passe par un petit boîtier Tuya (une passerelle) : c’est presque toujours un appareil Zigbee. Bonne nouvelle, c’est le cas le plus simple.

Il se connecte directement à votre Wi-Fi et se pilote avec Smart Life ou Tuya Smart : c’est un appareil Wi-Fi Tuya. C’est le cas le plus fréquent, et le plus délicat.

C’est un produit Google (enceinte Nest, thermostat, caméra) ou un appareil ajouté à Google Home : chaque famille a sa propre réponse, on y vient à l’étape 3.

Un rappel pour ceux qui découvrent le nom : Tuya est une entreprise chinoise qui fournit à de nombreuses marques la plateforme cloud et l’application de leurs appareils. Si la notice vous a demandé d’installer Smart Life, c’est un appareil Tuya, quelle que soit la marque sur la boîte. Nous avions détaillé ce que cela implique dans le premier article de la série.

Étape 2 : les appareils Tuya Zigbee, la voie royale

Si vos capteurs ou prises passent par une passerelle Tuya, ils parlent Zigbee. Et un appareil Zigbee n’a pas besoin de la passerelle de son fabricant : il peut rejoindre directement le dongle Zigbee de votre Home Assistant, celui que nous avons installé dans le guide d’installation.

La méthode est la même que pour un appareil neuf. Dans Home Assistant, ouvrez Paramètres, Connectivité, Zigbee, cliquez sur « Ajouter un appareil », puis réinitialisez l’appareil selon sa notice (en général un appui long sur son bouton). Il quitte alors le réseau de la passerelle Tuya et rejoint le vôtre.

Résultat : un fonctionnement 100 % local. Un appareil Zigbee n’a pas d’adresse IP, il ne peut pas contacter les serveurs de Tuya sans la passerelle. Une fois tous vos appareils transférés, la passerelle peut retourner dans son carton.

Un bémol : certains appareils Tuya prennent quelques libertés avec la norme Zigbee. La plupart fonctionnent tout de suite, d’autres exposent moins de fonctions que dans l’application d’origine. Avant de migrer un appareil important, tapez sa référence sur zigbee.blakadder.com et vérifiez qu’il est marqué compatible « ZHA ».

Étape 3 : les appareils Tuya Wi-Fi, la voie à moitié locale

C’est ici que les tutoriels deviennent souvent trop optimistes. Un appareil Tuya Wi-Fi peut être piloté en local par Home Assistant, mais il faut savoir exactement ce que l’on gagne, et ce que l’on ne gagne pas.

L’intégration officielle Tuya : simple, mais 100 % cloud

Home Assistant propose une intégration Tuya officielle. Elle s’installe en quelques clics, mais sa documentation est claire : elle exige un compte Tuya ou Smart Life et passe par les serveurs de Tuya. Quand vous allumez une lampe depuis Home Assistant, l’ordre fait le tour par le cloud. C’est mieux que rien pour tout regrouper dans une seule interface, mais ce n’est pas ce que nous cherchons.

tuya-local : piloter vos appareils sans passer par le cloud

Pour un pilotage local, la communauté a développé des intégrations non officielles. La plus active en 2026 s’appelle tuya-local : ses mises à jour sont régulières et elle reconnaît automatiquement plus d’un millier de modèles. Il existe aussi LocalTuya, plus ancienne. Sa version d’origine n’est plus vraiment maintenue, mais une version reprise par la communauté (celle de xZetsubou) l’est toujours. Elle sert de solution de repli pour les modèles que tuya-local ne connaît pas.

Le principe : chaque appareil Tuya possède une « clé locale », une sorte de mot de passe qui permet de lui parler directement sur votre réseau. tuya-local sait la récupérer pour vous : vous vous connectez une fois avec votre compte Smart Life, vous choisissez l’appareil, et la clé est remplie automatiquement. Ensuite, les ordres partent directement de Home Assistant vers la prise, sans détour par la Chine ou un serveur européen.

Deux précisions avant de vous lancer.

Il faut passer par HACS. tuya-local ne fait pas partie de Home Assistant : on l’installe via HACS, la « boutique communautaire » des intégrations non officielles. HACS s’ajoute lui-même comme une app (Paramètres, Apps), et il demande de relier un compte GitHub, parce qu’il interroge GitHub pour télécharger les intégrations. GitHub appartient à Microsoft : ce n’est pas rédhibitoire, mais autant le savoir. Et gardez en tête que ce qui vient de HACS n’est pas vérifié par l’équipe de Home Assistant. La documentation de HACS elle-même prévient : si vous ne savez pas quel type d’installation Home Assistant vous utilisez, n’installez pas d’intégration personnalisée.

Ne réappairez pas l’appareil ensuite. Chaque fois que vous associez de nouveau un appareil dans l’application Smart Life, sa clé locale change. Home Assistant perd alors le contact, et il faut récupérer la nouvelle clé.

Ce que tuya-local ne fait pas

C’est le point le plus important de cet article, et sa propre documentation l’écrit noir sur blanc : utiliser tuya-local n’empêche pas vos appareils d’envoyer leur état au cloud de Tuya. Ce n’est pas une mesure de sécurité. Vous gagnez en rapidité et en fiabilité, et votre maison continue de fonctionner si Internet tombe. Mais la prise, elle, continue de bavarder avec les serveurs de son fabricant.

Pour la faire taire, il faut lui couper l’accès à Internet. C’est possible, mais délicat. Les retours de la communauté décrivent plusieurs écueils :

  • Une coupure partielle ne suffit pas. Bloquer seulement les adresses de Tuya, par exemple avec un Pi-hole ou NextDNS, sans couper aussi la connexion elle-même, peut plonger l’appareil dans un état « zombie » : il reste visible sur le réseau mais ne répond plus.
  • Certains appareils perdent leur état après une coupure de courant. Coupés d’Internet, ils exécutent toujours les ordres, mais Home Assistant peut ne plus savoir s’ils sont allumés ou éteints.
  • L’application Smart Life ne fonctionne plus du tout, et les mises à jour de firmware non plus.

Ma recommandation : commencez par tuya-local sans rien bloquer, vérifiez que tout fonctionne, et ne coupez l’accès à Internet que pour quelques appareils, à titre de test, si votre box permet de bloquer un appareil précis. Pour un débutant, c’est une étape optionnelle, pas une obligation.

Les appareils sur pile : oubliez le local

Un détecteur d’ouverture ou un détecteur de fumée Wi-Fi qui fonctionne sur pile, sans passerelle, dort la plupart du temps pour économiser sa batterie. tuya-local le précise : ces appareils ne peuvent pas être pilotés en local. Pour eux, la vraie solution est de les remplacer par un équivalent Zigbee, qui coûte souvent moins de 15 euros.

Étape 4 : Google Home et Nest, une réponse par appareil

Côté Google, il n’y a pas de solution unique. Tout dépend de l’appareil.

Les enceintes et écrans Google (Nest Mini, Nest Audio, Nest Hub) : Home Assistant les détecte via l’intégration Google Cast, qui fonctionne en local. Vous pourrez y diffuser de la musique, des annonces ou même un tableau de bord. En revanche, l’enceinte reste un assistant Google : la commande vocale continue de passer par les serveurs de Google, et Home Assistant n’y change rien.

Les thermostats, caméras et sonnettes Nest : l’intégration existe, mais elle passe obligatoirement par le cloud de Google. Il faut créer un projet dans la console développeur de Google et payer des frais d’inscription de 5 dollars. Les détecteurs de fumée Nest Protect ne sont pas pris en charge. C’est faisable, mais vous restez entièrement dépendant de Google.

Les appareils Matter ajoutés à Google Home : c’est la bonne surprise. Un appareil Matter peut être connecté à plusieurs systèmes à la fois. Dans l’application Home Assistant, allez dans Paramètres, Connectivité, Matter, « Ajouter un appareil », puis choisissez « Oui, il est déjà utilisé ». L’appareil fonctionne alors dans les deux, et Home Assistant le pilote en local. C’est la manière la plus douce de quitter Google : on ajoute d’abord à Home Assistant, on vérifie, puis on retire de Google Home quand on est prêt.

Tuya Home Assistant : ce qu’il vaut mieux remplacer

Soyons honnêtes : pour certains appareils, l’effort ne vaut pas le résultat. Une prise Tuya Wi-Fi à 10 euros qui exige HACS, un compte GitHub, une clé locale et un blocage réseau délicat pour devenir réellement privée, peut avantageusement être remplacée par une prise Zigbee à peine plus chère, locale dès la sortie de la boîte.

Ma règle personnelle : je migre ce qui fonctionne bien et que je n’ai pas envie de racheter, je remplace ce qui est sur pile ou ce qui me cause des soucis, et je n’achète plus rien qui demande Smart Life. Les critères pour bien choisir sont dans l’épisode précédent.

Restent les caméras. Elles posent des questions de vie privée à part, et leur migration mérite un article entier. Ce sera l’objet d’un prochain épisode.

La suite de la série

Vos appareils sont maintenant réunis dans Home Assistant, en local quand c’est possible, et vous savez exactement ce qui dépend encore d’un cloud. Il est temps de les faire travailler ensemble.

Le prochain épisode est consacré aux premières automatisations utiles : la lumière qui s’allume quand on ouvre la porte, le chauffage qui baisse quand une fenêtre reste ouverte. C’est là que la domotique commence vraiment à servir.

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Marc.


Avertissement technique : les intégrations installées via HACS ne sont pas vérifiées par l’équipe de Home Assistant. Faites une sauvegarde avant d’en installer une, et lisez chaque étape avant de l’exécuter. Bloquer l’accès Internet d’un appareil peut le rendre partiellement inutilisable : testez d’abord sur un appareil non critique.

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