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Votre voiture sait où vous dormez, à quelle heure vous partez travailler, si vous freinez brutalement, et combien de fois vous êtes passé devant la même adresse le mois dernier.
Ce n’est pas une formule. Les données voiture connectée remontent en continu vers les serveurs du constructeur, et ce marché intéresse beaucoup de monde : assureurs, sociétés de leasing, gestionnaires de flotte, agrégateurs qui rachètent ces informations pour les revendre.
Deux textes viennent de changer la donne. La CNIL a publié le 30 juin 2026 sa recommandation définitive sur les données de localisation des véhicules connectés. Et depuis le 12 septembre 2026, le Data Act européen impose que les objets connectés soient conçus pour que leurs données vous soient directement accessibles.
Vous avez donc plus de droits qu’avant. Voici comment vous en servir, et surtout ce qu’il ne faut pas faire.
Données voiture connectée : ce qui est réellement collecté
Un véhicule récent embarque des dizaines de capteurs. Position GPS, vitesse, style de conduite, ouvertures de portes, état des équipements, journal d’appels si vous avez appairé votre téléphone, adresses enregistrées dans le GPS.
La CNIL le dit sans détour dans son pack de conformité : les données de localisation permettent de déduire le lieu de domicile, le lieu de travail, mais aussi les centres d’intérêt, les loisirs, la religion via un lieu de culte fréquenté, ou l’orientation sexuelle via les endroits visités.
C’est le même principe que celui que je décrivais à propos du traçage Bluetooth. Aucune donnée n’est sensible isolément. C’est leur accumulation qui dessine une vie entière.
Et ces données fuitent. En décembre 2024, une mauvaise configuration a exposé sur internet les données de localisation d’environ 800 000 véhicules du groupe Volkswagen, une affaire révélée par le Chaos Computer Club.
Ce que la CNIL a changé le 30 juin 2026
La recommandation de la CNIL s’adresse aux constructeurs, aux loueurs, aux fournisseurs de boîtiers télématiques et aux agrégateurs de données. Elle vaut pour les voitures, mais aussi pour les scooters et les vélos connectés.
Trois points comptent pour vous.
D’abord, le consentement. Un constructeur ou un loueur ne peut plus collecter votre position sans votre accord explicite, sauf si elle est indispensable à un service que vous avez expressément demandé, comme une assistance en cas de panne.
Ensuite, la proportionnalité. La CNIL rappelle qu’il est généralement suffisant de ne conserver que la dernière position connue, et que pour simplement détecter qu’un véhicule bouge, l’accéléromètre et le gyromètre suffisent, sans avoir besoin du GPS.
Enfin, l’ergonomie. La CNIL préconise qu’un réglage unique permette de désactiver d’un seul geste l’ensemble des services connectés optionnels, plutôt que d’obliger le conducteur à fouiller dans dix menus séparés. C’est une recommandation, pas une obligation, mais elle indique la direction.
Le texte complet est consultable sur le site de la CNIL.
Le droit que vous venez d’obtenir
Le Data Act européen, entré en application le 12 septembre 2025 pour l’essentiel, franchit une étape supplémentaire depuis le 12 septembre 2026. Les fabricants doivent désormais concevoir leurs produits connectés de façon que les données générées soient directement accessibles à l’utilisateur.
Le paradoxe mérite d’être souligné. Jamais une voiture n’a produit autant d’informations sur son conducteur, et jamais ce conducteur n’a eu autant de droits pour y accéder.
Encore faut-il les exercer. Personne ne le fera à votre place.
Les 5 réflexes à adopter
1. Faites l’inventaire des services connectés. Cherchez dans les réglages de votre véhicule la section consacrée à la confidentialité ou aux services connectés. Désactivez tout ce qui n’est pas indispensable à votre usage réel. Les services de conduite assistée en font partie, tout comme les remontées statistiques et les offres commerciales.
2. Refusez l’application compagnon, ou limitez-la. Ces applications sont souvent le canal principal de collecte. Si vous ne l’utilisez que pour vérifier le niveau de carburant depuis votre canapé, demandez-vous si le confort justifie la contrepartie. C’est le même arbitrage que celui que j’expliquais dans mon article sur le fait de préférer le navigateur à l’application.
3. N’appairez pas systématiquement votre téléphone. Un appairage Bluetooth transfère fréquemment le répertoire de contacts et le journal d’appels vers le système du véhicule, où ils restent stockés. Si vous n’avez besoin que de la musique, un câble ou un appairage sans synchronisation des contacts suffit.
4. Exercez votre droit d’accès. Écrivez au constructeur pour demander quelles données il détient sur vous. Il doit répondre sous un mois. Vous pouvez aussi demander l’effacement, ou retirer votre consentement pour les traitements qui en dépendent. La CNIL recommande d’ailleurs aux constructeurs de mettre en place des profils individuels par conducteur, précisément pour faciliter cet exercice.
5. Effacez tout avant de vendre ou de rendre le véhicule. C’est le point que presque tout le monde oublie. Trajets enregistrés, adresses du GPS, journal d’appels, comptes connectés, téléphones appairés. Une voiture d’occasion est un disque dur qui roule, et le nouveau propriétaire hérite de votre historique. Le même réflexe vaut pour un véhicule de location au moment de la restitution.
Ce que je vous déconseille formellement
Vous trouverez sur internet des tutoriels expliquant comment débrancher ou neutraliser le boîtier télématique du véhicule, souvent appelé TCU. Je ne vous le conseille pas, et je préfère expliquer pourquoi plutôt que de me contenter d’un avertissement.
Ce boîtier héberge le système eCall, l’appel d’urgence automatique. Il est obligatoire dans l’Union européenne sur tous les nouveaux modèles réceptionnés après le 31 mars 2018, en application du règlement de 2015. En cas d’accident grave, il transmet automatiquement la localisation, l’heure, l’immatriculation et le sens de circulation aux secours. Le Parlement européen estimait que ce dispositif pourrait éviter jusqu’à 2500 décès par an.
Le neutraliser, c’est donc désactiver un appel au secours qui pourrait vous sauver la vie, avec en prime des conséquences possibles sur votre garantie et sur la conformité de votre véhicule.
La ligne est simple à tenir : refusez tout ce qui est optionnel et commercial, ne touchez pas à ce qui relève de la sécurité.
Vous n’êtes pas impuissant, mais pas tout-puissant non plus
Soyons honnêtes sur les limites de cet article.
Ces cinq réflexes réduisent la collecte, ils ne la suppriment pas. Certaines remontées relèvent de la sécurité ou d’obligations réglementaires, et vous ne pourrez pas les désactiver. D’autres sont enfouies dans des conditions générales acceptées d’un clic sur un écran tactile, au moment de la livraison, sans que personne ne mesure la portée de ce qu’il valide.
Les recommandations de la CNIL ne sont pas non plus des obligations directement opposables. Elles éclairent la manière dont l’autorité interprétera les textes, ce qui est utile, mais un constructeur qui les ignore ne commet pas automatiquement une infraction.
Reste que la situation s’améliore, et dans le bon sens. C’est assez rare pour être signalé.
Autrefois, votre voiture ne parlait qu’à votre garagiste, et seulement quand vous l’y ameniez.
Marc
Les manipulations décrites ici concernent les réglages de confidentialité et les services connectés optionnels de votre véhicule. Elles ne touchent en aucun cas aux systèmes de sécurité. Ne débranchez jamais un équipement lié à l’appel d’urgence eCall, et en cas de doute sur un réglage, consultez le manuel de votre véhicule ou votre concessionnaire.
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