Communiquer par radio sans internet : une radio portable émet des ondes vers l'horizon face à une ville sans réseau, sur fond cyber sombre.

Communiquer par radio sans internet : le guide essentiel

Temps de lecture : 9 minutes

Plus de réseau, plus d’antenne relais, et pourtant tu parles à quelqu’un à plusieurs kilomètres. Juste avec un boîtier que tu tiens dans la main. Pas d’abonnement, pas de carte SIM, pas d’opérateur qui sait que la conversation a eu lieu.

C’est ce que permet une radio VHF/UHF. Communiquer par radio sans internet, c’est un réflexe de résilience que peu de gens maîtrisent encore. Une techno qui existe depuis des décennies, que tout le monde a vue sans la comprendre, et qui devient ton meilleur plan B le jour où les réseaux tombent. Je possède deux appareils, un d’entrée de gamme et un haut de gamme. Je te montre ce qu’ils valent, comment ça marche, et surtout ce que tu as le droit de faire avec.

Communiquer par radio sans internet, comment ça marche

Une radio comme le Baofeng émet et reçoit de la voix, en direct, sur les bandes VHF et UHF. Tu appuies sur le bouton, tu parles, l’autre t’entend dans la seconde. Pas de serveur, pas d’intermédiaire. Le signal part de ton antenne et arrive directement sur le poste d’en face.

C’est la grande différence avec Meshtastic, dont je t’ai déjà parlé. Meshtastic, c’est du texte, relayé de boîtier en boîtier sur un réseau maillé. La radio, c’est de la voix, immédiate, en direct. Les deux se complètent. L’un pour écrire sans réseau, l’autre pour parler sans réseau.

La portée dépend du terrain. En ville, entre les immeubles, compte un à trois kilomètres. En terrain dégagé ou en hauteur, beaucoup plus. Une crête face à une vallée, et tu portes très loin. L’antenne fait une grosse partie du travail, bien plus que la puissance brute.

Ce que dit la loi en France, sans détour

C’est le point que beaucoup d’articles oublient, et je préfère te le dire clairement. En France, écouter et émettre, ce n’est pas la même chose aux yeux de la loi.

L’écoute est libre. Tu peux recevoir et scanner les bandes radio sans aucune autorisation, à condition de respecter la confidentialité de ce que tu entends. Ça, c’est permis, tout le temps.

L’émission, elle, est encadrée. Pour parler sur les bandes radioamateur avec une radio VHF/UHF, il te faut le certificat d’opérateur radioamateur, passé devant l’ANFR, et un indicatif personnel. C’est l’ANFR qui délivre l’autorisation, l’ARCEP ne fait que contrôler. Émettre sans cette licence, c’est hors la loi.

Et un piège que les vendeurs taisent. Ces appareils ne sont pas conformes au PMR446, le talkie grand public sans licence. Le PMR446 impose une puissance maximale de 0,5 watt et une antenne fixe non démontable. Le Baofeng sort plusieurs watts avec une antenne dévissable. Donc même sur les fréquences PMR446, émettre avec un Baofeng reste illégal sans licence. Posséder l’appareil, oui, c’est légal. Émettre librement avec, non.

Si tu veux parler sans licence et en toute légalité, ce sont les vrais talkies PMR446 certifiés qu’il te faut, bridés à 0,5 watt, avec antenne fixe. Moins puissants, mais libres d’usage, sans examen ni indicatif. Deux valeurs sûres que je peux te recommander. Le Midland G9 Pro, robuste et étanche, qui ajoute en plus les canaux LPD 433 eux aussi libres. Et le duo Motorola XT185, si tu préfères équiper deux personnes d’un coup. Méfie-toi juste du marketing. Le 12 km parfois annoncé, c’est en vue directe parfaite, antenne dégagée et terrain idéal. En vrai, compte autour d’un kilomètre en ville, et jusqu’à cinq kilomètres en terrain bien dégagé ou en hauteur. C’est déjà très bien pour rester en contact en rando ou en groupe.

Les 16 canaux PMR446 sont identiques pour toutes les marques, c’est ce qui permet à un Midland et à un Motorola de se parler sans réglage compliqué. Les voici.

CanalFréquence (MHz)CanalFréquence (MHz)
1446.006259446.10625
2446.0187510446.11875
3446.0312511446.13125
4446.0437512446.14375
5446.0562513446.15625
6446.0687514446.16875
7446.0812515446.18125
8446.0937516446.19375

Je te donne l’information, à toi de décider en connaissance de cause.

Une dernière chose, pour être complet et honnête. Tout ce que je viens de dire sur la licence vaut en temps normal. En cas de rupture durable de la normalité, effondrement, catastrophe majeure, black-out prolongé, la logique change. Le droit français lui-même prévoit l’état de nécessité, ce principe selon lequel un acte normalement interdit cesse de l’être quand il sert à écarter un danger grave et imminent pour une personne. Concrètement, si tu prends ton Anytone pour lancer un appel à l’aide et sauver une vie alors que plus rien ne fonctionne, aucun gendarme ne viendra t’amender pour usage non licencié. La règle existe pour partager proprement les ondes en temps normal. Pas pour t’empêcher de sauver quelqu’un quand tout s’écroule.

La CB, l’option libre qu’on a oubliée

Avant le téléphone portable, il y avait la CB, la citizen band. Celle des routiers, des voitures, du fameux canal 19. Elle existe toujours, elle fonctionne toujours, et en cas de crise elle reste un moyen de communication totalement décentralisé.

Son gros atout, c’est qu’elle est libre, sans licence, depuis 1992. Tu allumes, tu choisis un canal, tu parles. Quarante canaux autour de 27 MHz, en AM, FM ou BLU, avec une puissance autorisée de 4 watts. Le canal 9 reste réservé aux appels d’urgence, le canal 19 à l’info routière.

Tu vas me dire, mon Baofeng sort 8 watts, il est plus puissant. C’est vrai sur le papier, mais la puissance brute ne fait pas tout. La CB émet sur une bande basse, le 27 MHz, dont les ondes se propagent autrement. Avec une bonne antenne sur le toit d’un véhicule, une CB porte très bien, parfois plus loin qu’un petit portable VHF/UHF gêné par le moindre obstacle. Et surtout, la CB est légale en émission sans rien demander, là où ton Baofeng ne l’est pas sur ses bandes. Pour de la communication de crise, simple et sans paperasse, c’est une option à ne pas négliger.

Côté matériel, un poste simple et abordable fait très bien le travail. Je te recommande le Retevis MB63B avec antenne, un poste CB 40 canaux AM/FM, compact, prévu pour le 12 et le 24 volts. Vérifie juste qu’il reste sur le mode CEPT 40 canaux, celui qui est légal en France. Certains postes peuvent basculer sur des modes étrangers à plus de canaux qui, eux, ne le sont pas ici.

Et pour répondre à une question fréquente, oui, ces postes s’installent aussi en fixe, à la maison. C’est même là qu’ils donnent le meilleur. Avec une antenne plus grande montée en hauteur, sur un toit par exemple, la portée fait un bond, bien au-delà de ce qu’une petite antenne de véhicule permet. La puissance reste plafonnée à 4 watts, mais une bonne antenne haute compte souvent plus que les watts.

Mes deux appareils

Le Baofeng UV-5R, c’est la porte d’entrée. Autour de 35 euros, bi-bande VHF et UHF, jusqu’à 8 watts sur le mien. Pour ce prix, tu as un vrai émetteur-récepteur, pas un jouet. C’est l’appareil parfait pour se faire la main, comprendre comment on programme un canal, régler une puissance, tester une portée. S’il prend la poussière dans un tiroir, tu n’as rien perdu. S’il te plaît, tu sais que la radio est faite pour toi avant d’investir plus.

L’Anytone AT-D878UVII Plus, c’est le cran au-dessus, autour de 250 euros. Bi-bande lui aussi, mais analogique ET numérique DMR. Il ajoute le GPS, l’APRS pour transmettre ta position, le Bluetooth, un écran couleur, et une autonomie sérieuse. La qualité audio n’a rien à voir, et c’est un appareil conçu pour durer. Le DMR ouvre tout un monde de réseaux numériques, mais il demande un identifiant DMR, donc une licence valide derrière. C’est l’appareil de celui qui a accroché et veut aller loin.

Comme pour Meshtastic, un point essentiel avant d’acheter. Un seul poste ne sert à rien. La radio n’a d’intérêt que si au moins deux appareils peuvent se parler. Pense d’emblée en paire, un pour toi, un pour la personne avec qui tu veux rester en contact.

Prendre en main le Baofeng en 30 minutes

Le UV-5R est livré nu, sans rien de préprogrammé. La configuration depuis les boutons est pénible, le manuel est en anglais. Le bon réflexe, c’est de passer par l’ordinateur.

Tu télécharges CHIRP, un logiciel gratuit et open source qui sert à programmer la plupart de ces radios. Il tourne sur Windows, macOS et Linux, donc quel que soit ton ordinateur, tu es couvert. Tu branches le Baofeng au PC avec un câble de programmation USB, souvent vendu à part pour quelques euros. Tu lis la configuration de la radio dans CHIRP, tu remplis tes canaux, puis tu réécris le tout dans l’appareil. C’est mille fois plus simple que d’entrer chaque fréquence à la main.

Pense aussi à régler la puissance. Sur le terrain, baisser la puissance économise la batterie, et ça suffit largement quand le correspondant est proche. La pleine puissance ne se justifie que pour sortir d’une réception difficile.

Une précaution technique de bon sens. N’émets jamais au hasard sur une fréquence que tu ne connais pas. Certaines bandes voisines servent à des usages sensibles comme l’aéronautique. Savoir où on parle fait partie du métier.

À quoi ça sert vraiment

La randonnée et la montagne, là où ton téléphone affiche aucun service depuis des heures. Tu gardes le contact avec ton groupe, quoi qu’il arrive.

La coupure de réseau. Panne massive, catastrophe, zone blanche. Le jour où les antennes mobiles tombent, ta radio continue de fonctionner, parce qu’elle ne dépend d’aucune antenne. C’est la définition même de la résilience.

La coordination de groupe. Une sortie, un événement, une équipe dispersée sur le terrain. Pas de saturation comme sur les réseaux mobiles dans une foule. Communiquer sans internet est possible et c’est une excellente alternative.

Et le plaisir d’apprendre. La radio, c’est un loisir à part entière, une communauté, et une compétence qui ne s’oublie pas une fois acquise.

Envie d’aller plus loin, passe la licence

Si la radio te plaît, l’étape suivante c’est de devenir radioamateur pour de bon, et donc d’émettre en toute légalité avec ton Baofeng ou ton Anytone. C’est plus accessible qu’on ne le croit, et depuis peu, l’examen comme l’attribution de l’indicatif sont gratuits.

L’examen est organisé par l’ANFR. Il se passe sur ordinateur, dans l’un des cinq centres régionaux, Villejuif, Lyon, Nancy, Marseille et Toulouse, ou parfois lors de salons. Tu réserves ta place par téléphone auprès du centre choisi. Deux épreuves, quinze minutes de réglementation, trente minutes de technique, la moyenne exigée à chacune. Plus d’épreuve de morse depuis 2012, et c’est ouvert dès 14 ans.

Pour réviser sans dépenser un centime, le logiciel gratuit EXAM’1 du REF reproduit fidèlement l’interface de l’examen, et de nombreux radio-clubs proposent des cours du soir. Toutes les infos officielles sont sur le site de l’ANFR, anfr.fr, et sur celui du Réseau des Émetteurs Français, r-e-f.org. Une fois le certificat en poche, tu reçois ton indicatif personnel, et tu émets partout sur les bandes amateurs, en toute légalité. C’est la vraie liberté radio.

Conclusion

Un boîtier à 35 euros, une demi-heure pour le configurer, et tu détiens un moyen de communiquer qui ne dépend de personne. Pas de facture, pas d’opérateur, pas de surveillance intégrée au système. Juste deux postes qui se parlent.

Le jour où tout le reste tombe, ceux qui auront une radio dans un tiroir et qui sauront s’en servir auront une longueur d’avance. Pas les autres. Apprendre à communiquer par radio sans internet aujourd’hui, c’est s’offrir cette avance avant d’en avoir besoin.

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Note technique. Avant toute manipulation, lis chaque étape en entier, et sauvegarde la configuration d’origine de ta radio avant de la modifier, au cas où tu voudrais revenir en arrière.

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