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L’iPhone, champion de la vie privée ? Pas si vite.
La collecte de données Apple sur iPhone est au cœur d’un paradoxe : « Ce qui se passe sur ton iPhone reste sur ton iPhone.
Apple a construit son image de marque sur cette promesse. Et des millions d’utilisateurs y croient sincèrement — c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles ils ont choisi iOS plutôt qu’Android.
Sauf que la réalité est plus nuancée.
Non, la collecte de données Apple n’est pas celle de Google. Non, ton iPhone ne te profile pas pour te vendre de la publicité ciblée. Mais oui, iOS collecte des données — plus que tu ne le crois, parfois sans que tu puisses vraiment l’arrêter, et avec un double standard que la justice française a fini par sanctionner.
Voici ce que les études indépendantes ont réellement trouvé.
Ce que les chercheurs ont découvert
Étude Trinity College Dublin (2021) — La collecte des données Apple
Le professeur Doug Leith de l’université Trinity College Dublin a publié en 2021 une étude comparative entre iOS et Android qui a fait l’effet d’une douche froide pour les fans d’Apple.
Résultat principal : iOS envoie des données à Apple en moyenne toutes les 4,5 minutes, même quand le téléphone est en veille dans ta poche. Même quand tu as désactivé toutes les options de partage de données.
Parmi la collecte des données Apple transmises : le numéro de série de l’appareil, l’IMEI, le numéro de téléphone, l’adresse MAC Wi-Fi, et des informations de localisation — le tout avant même que tu aies créé un compte Apple ID.
La conclusion du chercheur était sans appel : iOS et Android collectent « à peu près les mêmes types de données. » Et quand il a contacté Apple pour obtenir des explications, Apple n’a jamais répondu.
Étude Aalto University / CHI 2024 — Les apps par défaut iOS
En 2024, des chercheurs de l’université finlandaise Aalto ont publié une analyse approfondie de huit applications iOS installées par défaut sur chaque iPhone : Safari, Siri, iMessage, FaceTime, Services de localisation, Localiser, Touch ID, et Partage familial.
Leurs conclusions sont dérangeantes pour plusieurs raisons :
Siri collecte en permanence des données issues d’autres apps — tes contacts, tes préférences musicales, les noms de tes appareils.
Safari peut transmettre ton adresse IP, ton historique de navigation, et des informations de paiement.
iMessage et FaceTime accèdent à tes journaux d’appels et à la liste des apps que tu utilises.
Mais le plus problématique n’est pas la collecte en elle-même — c’est l’opacité. Les paramètres de confidentialité pour ces apps sont soit mal documentés, soit dispersés dans des sous-menus profonds, soit tout simplement absents. Les chercheurs ont constaté que les utilisateurs ne comprennent généralement pas ce qui est collecté ni comment l’arrêter.
L’ATT : Apple joue avec ses propres règles
En 2021, Apple a lancé l’App Tracking Transparency (ATT) — le fameux pop-up qui te demande si tu acceptes d’être suivi par une application. Sur le papier, c’est une bonne idée. Dans les faits, c’est une autre histoire.
Le 31 mars 2025, l’Autorité de la concurrence française a condamné Apple à une amende de 150 millions d’euros.
Le motif : Apple a imposé à tous les développeurs tiers des règles strictes de recueil de consentement, tout en s’exemptant elle-même de ces mêmes règles pour ses propres applications — jusqu’à iOS 15.
Concrètement : quand une app tierce voulait te suivre, elle devait obtenir ton accord via l’ATT, puis souvent te demander une deuxième fois via un autre formulaire RGPD — ce qui alourdit le parcours et décourage les acceptations. Pendant ce temps, Apple collectait les données de ses propres apps sans te demander quoi que ce soit.
La CNIL avait déjà sanctionné Apple en 2022 pour 8 millions d’euros sur ce même sujet. L’Autorité de la concurrence a enfoncé le clou en 2025.
La conclusion de l’Autorité est claire : la protection de la vie privée peut être un argument légitime, mais elle ne peut pas servir de prétexte à une distorsion de concurrence.
Apple vs Google : une comparaison honnête
Il faut être rigoureux ici. Apple n’est pas Google, et les différences sont réelles.
Ce qu’Apple fait mieux :
- Pas de modèle publicitaire basé sur ton profil. Apple ne vend pas des audiences ciblées à des annonceurs. C’est une différence fondamentale avec Google, dont 80 % des revenus dépendent de la publicité. Apple gagne de l’argent sur le matériel, les abonnements et l’App Store.
- App Tracking Transparency a réellement réduit le pistage publicitaire inter-apps par les tiers — même si sa mise en œuvre était biaisée.
- Les données de santé (HealthKit, ResearchKit) restent chiffrées localement et ne sont pas accessibles à Apple sans consentement explicite.
- Apple Intelligence (iOS 18+) traite la majorité des requêtes IA directement sur l’appareil, sans les envoyer vers des serveurs.
Ce qu’Apple collecte quand même :
- Des données de diagnostic et d’utilisation (activées par défaut, désactivables mais dispersées dans les paramètres).
- Des métadonnées de navigation via Safari si iCloud est activé.
- Des données Siri, même en mode « améliorer Siri » désactivé selon l’étude Trinity.
- L’identifiant publicitaire IDFA pour ses propres campagnes dans l’App Store.
La vérité se situe entre le mythe et la paranoïa : Apple est meilleur que Google sur la confidentialité, mais pas aussi bon que son marketing le laisse entendre.
Ce que tu peux faire concrètement pour limiter la collecte de données Apple
Voici les paramètres iOS les plus importants à vérifier — dans l’ordre d’impact.
1. Désactiver les diagnostics et analyses Réglages → Confidentialité et sécurité → Analyses et améliorations → Désactiver tout.
2. Limiter le suivi publicitaire Réglages → Confidentialité et sécurité → Publicité Apple → Désactiver les publicités personnalisées.
3. Gérer Siri avec précision Réglages → Siri et recherche → Désactiver « Améliorer Siri et Dictée » + passer en revue chaque app listée pour couper l’accès de Siri.
4. Revoir les autorisations de localisation Réglages → Confidentialité et sécurité → Service de localisation → Passer chaque app en « Lors de l’utilisation » ou « Jamais » selon l’usage réel.
Aller plus loin : chiffrer ton trafic réseau
Les paramètres iOS limitent ce qu’Apple collecte directement. Mais ton opérateur et les sites que tu visites voient toujours ton adresse IP et ton trafic réseau.
Un VPN chiffre cette couche supplémentaire. Proton VPN est notre recommandation : open source, audité indépendamment, basé en Suisse. Une version gratuite sans limite de données existe — la version payante débloque l’ensemble des serveurs.
5. Désactiver iCloud pour ce que tu ne veux pas synchroniser Réglages → [ton prénom] → iCloud → Désactiver les services non essentiels (Safari, Messages en nuage, etc.).
6. Vérifier les accès microphone et caméra Réglages → Confidentialité et sécurité → Microphone / Caméra → Révoquer les accès pour les apps qui n’en ont pas besoin.
Ces paramètres ne rendent pas ton iPhone « privé » au sens absolu — la collecte de base iOS persiste. Mais ils réduisent significativement la surface de données partagées.
Le vrai problème : l’opacité, pas la collecte
La collecte de données Apple en elle-même n’est pas nécessairement problématique. Tout système informatique connecté échange des informations pour fonctionner.
Le vrai problème avec iOS, pointé par toutes les études indépendantes, c’est la difficulté à comprendre ce qui est collecté et à l’arrêter. Les paramètres de confidentialité sont fragmentés, parfois contradictoires, et le comportement réel du système peut diverger de ce que la documentation officielle indique.
Apple a fait des progrès réels ces dernières années — l’ATT, les étiquettes de confidentialité sur l’App Store, le traitement on-device de l’IA. Mais tant que la société continue d’appliquer à ses propres apps des règles différentes de celles qu’elle impose aux autres, le discours sur la vie privée reste un argument commercial autant qu’un engagement réel.
En résumé
| Apple iOS | Google Android | |
|---|---|---|
| Modèle économique lié aux données | Non | Oui |
| Collecte de télémétrie de base | Oui | Oui |
| Suivi publicitaire inter-apps tiers | Limité (ATT) | Étendu |
| Transparence des paramètres | Insuffisante | Insuffisante |
| Sanction récente en France | 150M€ (2025) | Plusieurs condamnations |
Pour aller plus loin
Si tu veux comparer la collecte de données Apple avec Android, j’ai publié une analyse complète de la collecte de données Google sur les appareils Android — avec les quatre études académiques sur lesquelles elle s’appuie : Ce que Google collecte comme données sur ton Android
Et si tu veux reprendre le contrôle de tes données au-delà de la collecte de données Apple et du paramétrage de ton téléphone, la série « Reprends le contrôle » couvre les sauvegardes, l’auto-hébergement et les alternatives aux services GAFAM.
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